Phénomena 2022: une édition foisonnante et éclatante

Le bilan de D. Kimm, directrice artistique

J’avoue que c’était une grosse édition de Phénomena cette année avec en plus la Parade Phénoménale et le 12e Combat contre la langue de bois qui est aussi notre événement-bénéfice. Notre petite équipe de… deux permanentes en a ramé un coup, heureusement appuyée de nos chers collaborateurs et collaboratrices. Un grand merci pour votre solidarité dans les moments de rushs. Merci aussi à nos subventionneurs et partenaires et à mon conseil d’administration qui m’appuie dans cette vision ambitieuse de faire du Festival un lieu rassembleur, inclusif, permissif, extravagant et vibrant. Et je pense que cette année encore on peut dire: mission accomplie.

Je ne ferai pas un listing de tous les spectacles dont nous avons déjà fait état et partagé plusieurs photos sur les réseaux sociaux. Mais voici quelques moments forts qui m’ont particulièrement bouleversée durant cette 11e édition de Phénomena.

Tout d’abord, parlons de la somptueuse Parade Phénoménale. Sous un soleil radieux, c’est près de 1500 personnes costumées qui ont défilé sur le boulevard Saint-Laurent au son des musiques des Van Hornies et de KUMPA’NIA. On ne sait jamais à quoi s’attendre quand on prépare la Parade. Il y a bien sûr les ateliers donnés pas notre chère Fée Patsy Van Roost, mais le jour même nous avons eu la surprise de voir débarquer des centaines de personnes qui s’étaient concoctées elles-mêmes un costume selon une des thématiques. Que d’ingéniosité, de beauté et d’extravagance. Nous avions bien sûr nos iconiques mariées en patins à roulettes, mais il y avait aussi la bête à poil du CollecTOUFFE, les invités surprises sur échasses de la compagnie Extravanganz’arts et le collectif Pourquoi jamais qui a fermé la Parade avec une image forte. Le tout s’est terminé par un spectacle dansant de notre très aimée Fanfare Pourpour. Un énorme merci à Patsy Van Roost. Cette fille est non seulement une Fée mais aussi une merveilleuse artiste pleine d’imagination, de délicatesse et de générosité, et toujours habitée par ce désir de la rencontre. Elle nous a inspirés tout au long du processus. Cette 3e Parade Phénoménale fut un événement mémorable, festif, coloré et joyeux. On en avait bien besoin après la grisaille de ces deux dernières années.

Nous avons essayé plusieurs nouvelles propositions cette année à La Sala Rossa et je suis ravie de l’accueil reçu.

Tout d’abord notre Cabaret féministe pas gentil du tout, qui affichait complet plusieurs semaines avant l’événement. Quelle soirée historique! C’était le show dont je rêvais depuis longtemps. Je suis honorée et touchée que ces femmes formidables et inspirantes aient accepté mon invitation. Merci à Sophie Cadieux, Julie Artacho, Louise Bombardier, Manon Massé, Geneviève Albert, Mélanie Demers, Frannie Holder, Kathia Lévesque, Manal Drissi, Éliane Bonin, Calamine et Salomé Corbo. Elles se sont toutes données avec éclat, humour, émotion, audace, vulnérabilité et solidarité. Et le public les a accueillies et portées avec chaleur et vivacité. J’ai ri et j’ai pleuré. Et même après le show, les discussions et l’atmosphère dans la salle étaient électriques. OUI ce spectacle va devenir une tradition à Phénomena, car on en a besoin. Et NON, on ne va pas aller dans une plus grande salle et on ne fera pas de supplémentaire. C’est le genre de soirée qui demande un contexte intimiste et c’est un «one shot deal» comme on dit.

Le spectacle Trucs, monstres et fesses: le cinéma au temps des cabarets organisé par la Cinémathèque québécoise et animé par son directeur Marcel Jean a été une belle surprise. Nous avons pu découvrir des films anciens d’une incroyable qualité visuelle, films qui étaient commentés avec humour et virtuosité par les comédiens Emmanuel Bilodeau, Olivier Morin, Suzanne Champagne et le musicien improvisateur René Lussier. Le tout s’est terminé par une performance théâtrale et érotique des circassiens David Menes Rodriguez et Lysandre Murphy-Gauthier.

Le Cabaret Dalida sans Dalida, concocté par notre commissaire à la diversité Claudia Chan Tak, a été un moment de pur bonheur. Il était réjouissant de voir des artistes émergents et issus de la diversité s’emparer du mythe de Dalida, réinventer les chansons de cette icône au destin multiple et tragique, nous émouvoir et nous faire sourire. L’animatrice Bijurya, «notre star à nous» qu’on a pu voir un peu partout sur l’affiche de Phénomena 2022, était vive, charmante et attachante. Une soirée qui donne envie de… récidiver.

Le Festival s’est clôturé avec un Battle Waacking qui va passer à l’histoire et un énorme merci à Axelle Munezero d’avoir fait découvrir à notre public cette discipline exigeante et très codée. C’était vivifiant de voir tous les participants et participantes aux éliminatoires puis à la finale, de comprendre la rigueur des juges invités, de voir tant de beauté, d’humour, de virtuosité, de finesse, de fougue, de joie, et d’énergie se dégager des jeunes participants. Le public était en délire et nous étions VIVANTS VIVANTES et solidaires.

Finalement il faut mentionner notre célèbre Cabaret DADA que nous avons renouvelé cette année en invitant de nouveaux artistes à expérimenter l’esprit DADA, bien incarné une fois de plus par la fantasque Alexis O’Hara à l’animation.

Je suis aussi très heureuse d’avoir pu présenter trois expositions dont celle de notre fidèle collaboratrice Lucie Bazzo. Ses photos lumineuses des dépanneurs de Montréal ont suscité un vif intérêt et Lucie a vendu toutes ses œuvres. Même le propriétaire de la galerie lui en a acheté une! Et bien sûr les cadres Phénomena en 3D, réalisés par Lucie depuis la première édition du festival et exposés chez une vingtaine de commerçants, ont cette année encore séduit les passants. C’est la petite touche Phénomena dans le quartier.

Parlant de quartier, soulignons la poursuite de notre partenariat avec la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal pour la présentation du Cabaret Banana Split, un spectacle familial audacieux queer et inclusif mettant entre autres en scène la clown sourde Marie-Pierre Petit. Et bien sûr ce fut un honneur que de collaborer pour une 4e année avec La Chapelle Scènes Contemporaines pour la présentation du spectacle We are shining forever à la recherche de l’entrée du royaume des morts, une proposition forte et intègre de l’écrivain Mathieu Arsenault et du metteur en scène Christian Lapointe.

Sur le plan organisationnel, disons que la fin de semaine au Rialto n’a pas été simple à organiser, car certaines salles posaient de sérieux défis techniques pour les productions théâtrales ou axées sur les nouvelles technologies. Nous sommes tout de même heureux d’avoir offert une opportunité d’expérimentation à des artistes émergents et de jeunes productions. Merci à Gabriel Guertin Pasquier, James Knott, le Collectif BEATS, le Collectif NU.E.S, Allison Moore et Arthur Desmarteaux et Thomas Duret de s’être adaptés pour nous présenter leur imaginaire et leur poésie. Et un immense merci à M. Ezio Carosieli pour nous avoir accueillis à nouveau dans ce magnifique lieu historique. Ce fut aussi pour moi l’occasion de faire mon «work out» car le samedi 8 octobre, mon téléphone indiquait 7,6 km et 67 étages au compteur 😊.

Merci à notre photographe Caroline Hayeur qui a immortalisé en images les spectacles et à notre vidéaste Tomi Grgicevic qui a filmé tous les spectacles. Merci à tous les artistes pour leur générosité et leur talent. Et déjà on mijote plein de beaux projets pour la prochaine édition.

D. Kimm
Directrice artistique Festival Phénomena