Jackson Jaojoby

Il y a de cela plus de cinq ans, Jackson Jaojoby, aussi connu sous le nom de scène Jôby, a quitté Madagascar et s’est installé à Montréal, encouragé par des amis musiciens qui lui ont fait valoir la scène artistique foisonnante de la métropole. En jouant du rock ou du blues à titre d’accompagnateur ou en passant par des soirées open mic, Jôby s’est rapidement taillé une place à Montréal en partageant avec le public les mélodies inspirées de son passé, sans néanmoins ressentir le besoin de définir son style: «Ma musique, c’est vraiment quelque chose de spontané qui vient du fond de moi-même. [… ] Je ne me considère pas vraiment comme un ambassadeur de la musique de mon pays. J’essaie juste de jouer et de partager ce qui m’a imprégné depuis mon enfance», dit-il en guise de définition.

Pourtant, bien qu’il ait grandi entouré de musique, autant à la maison que dans les rues éclectiques de son pays, Jôby n’envisageait pas nécessairement de poursuivre la musique de manière professionnelle. C’est vers l’âge de 11 ans, alors qu’il a commencé à jouer ses premiers accords à la guitare, qu’une voie s’est dessinée. Adepte de composition et d’écriture, il s’est lentement tourné vers la création et c’est une fois établi au Québec qu’il a formé pour la première fois un groupe musical dont il a été le leader, et ce, à l’occasion de l’édition 2019 du Festival Nuits d’Afrique. En constituant le seul groupe représentant Madagascar au programme, Jôby, accompagné par des amis musiciens, s’est illustré en tant que demi-finaliste au prestigieux Syli d’Or en offrant sur scène une présence singulière et une aisance envoûtante. Au rythme de mélodies mélangeant le salegy, genre emblématique de la musique malgache, ainsi que toutes sortes d’inspirations musicales, Jôby s’est laissé porter par la vague: «Le but était de faire quelque chose qui sorte de moi, tout ce qui m’a influencé comme styles de musique. C’était très open.»

Au-delà des genres musicaux, les inspirations de Jôby sont multiples, qu’il soit question de moments de la vie quotidienne ou de précieux souvenirs de famille. Parfois, une bribe de conversation ou une phrase entendue dans la ville peut stimuler son imagination et lui servir de point de départ. L’art imprègne le quotidien, tout comme la présence des personnes qui l’ont le plus marqué. Parmi ces individus, le musicien évoque ses grand-mères, chez qui il se rendait durant les vacances à la campagne et qui, des heures durant, chantaient et racontaient des histoires: «Quand tu es enfant, les moments comme ça restent gravés en toi. Maintenant, quand je me souviens de leurs chants et de leurs histoires, et comment elles chantaient, j’essaie de préserver le plus possible leurs mélodies. Ça m’inspire beaucoup.»

Finalement, pour Jôby, l’exil est aussi une richesse à partir de laquelle il écrit des compositions comme Mbola Ho Avy (Je reviendrai), une ode à la famille, aux amis, aux moments fous et à la joie de vivre, aux endroits familiers que l’on laisse derrière, mais que l’on garde toujours enfouis au plus profond de nous-mêmes. Pour lui, la poésie qui se lie inévitablement à la musique raccourcit la distance, le temps d’une chanson, entre l’endroit où l’on est et où demeurent ceux que nous aimons. Comme une lettre, sa musique livre la nostalgie du pays et traverse les continents. Avec ces riches héritages, Jackson Jaojoby va ainsi au-delà des frontières et propose un alliage artistique hors du commun.

Texte et entrevue: Angelina Guo

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