Artiste

Photo: Rolline Laporte

John Giorno

Né en 1935 à New York, John Giorno est un des derniers héritiers de la fameuse Beat Generation qui a bouleversé le milieu culturel américain avec les voix puissantes de Burroughs, Ginsberg et Kerouac. Il a été l’ami de William S Burroughs et du photographe Robert Mapplethorpe, ces «flaming creatures» qui révolutionnèrent la vie artistique américaine dès la fin des années cinquante. Il faisait partie intégrante de cette communauté formée d’Andy Warhol, Lou Reed, Patti Smith et Susan Sontag que Burroughs réunissait dans ce qu’il appelait le Bunker. Il a été aussi très proche de Keith Haring. Andy Warhol était fou de lui au point d’en faire l’unique acteur de son film Sleep, où l’on voit Giorno dormant durant huit heures.

Tout cela est certes très impressionnant, mais si nous honorons John Giorno cette année, c’est surtout pour son engagement indéfectible envers la poésie performée, livrée au public, démocratisée, présentée sur disque, sur cassette, sur vidéo… ou même au téléphone! Car Giorno a toujours cherché à rendre la poésie accessible à la culture de masse.

En 1965, il fonde le Giorno Poetry Systems qui innove par son utilisation de la technologie, de l’électronique et du multimédia en poésie, créant de nouveaux lieux de rencontre, reliant ainsi la poésie à de nouveaux publics. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque pour mesurer le côté visionnaire de Giorno en créant ce projet.

«In 1961, I was a young poet who hung out with young artists like Andy Warhol, Bob Rauschenberg and Jasper Johns, as well as with members of the Judson Dance Theatre. The use of modern mass media and technologies by these artists made me realize that poetry was 75 years behind painting and sculpture, dance and music. And I thought, if they can do it, why can’t I do it for poetry? Why not try to connect with an audience using all the entertainments of ordinary life: television, the telephone, record albums, etc? It was the poet’s job to invent new venues and make fresh contact with the audience.»

John Giorno

Le Giorno Poetry Systems publiera plus de quarante vinyles et CD de poètes et de musiciens performeurs dont John Cage, William S Burroughs, Allen Ginsberg et Laurie Anderson. Poursuivant cette vision, il crée en 1968 le projet Dial-A-Poem utilisant le téléphone comme outil de diffusion de la poésie et comme nouveau moyen de communication pour de grandes audiences. L’énorme succès de Dial-A-Poem, recevant des millions d’appels, donna naissance à une Dial-A-something industry, du Dial-A-Joke… au phone sex!

John Giorno continue de performer sa poésie partout dans le monde. Il réalise aussi des poèmes sur épreuves lithographiques et sur soie. Depuis presque trente ans, il pratique la méditation dans la tradition Nyingma du Bouddhisme tibétain. Giorno accueille de grands lamas tibétains qui visitent New York et enseignent, toujours au 222 Bowery, le fameux Bunker de Burroughs.
Dans sa poésie, Giorno n’hésite jamais à témoigner, quitte à choquer ou à déplaire. Quand il provoque, c’est avec malice, passant la réalité quotidienne au crible. Écouter (voir) Giorno interpréter ses textes en public prend parfois des allures de rencontre physique. Homme intègre et engagé dans son art, il a contribué à faire de la poésie performée, du spoken word un art qui a ses exigences, qui demande une implication, une recherche physique du ton juste, de la manière. Sa carrière s’étend sur plus de cinquante ans, il est certainement une figure majeure de la poésie performée.

Bien entendu, à 72 ans une certaine sérénité est venue se substituer à la fougue d’autrefois. Mais la même énergie est là, convaincante, à laquelle s’adjoint maintenant l’humour et la tendresse. Par sa présence en tant qu’invité d’honneur de cette 7e édition du Festival Voix d’Amériques, John Giorno nous montre bien que la poésie performée existe depuis longtemps, depuis bien avant nous, depuis bien avant la création du FVA, la venue de Grand Corps Malade au Québec, le renouveau du slam, les performances de plus en plus assumées de nos poètes contemporains… et qu’il est bon de connaître son histoire.

«John Giorno raises questions to an almost unbearable pitch, to a scream of surprised recognition. His litanies from the underworld of the mind reverberate in your head and ventriloqize your own thoughts.»

William S. Burroughs

John Giorno élève les questions à un niveau presque insupportable, à un cri de reconnaissance surprise. Ses litanies issues des couches souterraines de l’esprit se réverbèrent dans votre crâne et ventriloquent vos propres pensées.

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