Mot de D. Kimm, directrice artistique

D. Kimm [Photo: Rolline Laporte]
D. Kimm [Photo: Rolline Laporte]

Directrice artistique

Cette année de pandémie a été marquée par le deuil. Deuil de toutes ces productions artistiques qui n’ont pas eu lieu, deuil de tous ces spectacles annulés, deuil de tous ces projets reportés, deuil de nos collègues qui ont changé de métier, et aussi deuil de personnes inspirantes qui nous ont brutalement quittés tels Serge Bouchard et tout récemment Michel Garneau. Comment, en tant que femme artiste et directrice d’une compagnie de création et d’un festival, garder le cap en ces temps incertains et décourageants? En étant résiliente et courageuse, bien sûr. Mais aussi en étant humble et à l’écoute.

Que ce soit à cause de la pandémie ou tout simplement de l’évolution naturelle des choses, nous nous retrouvons en ce moment confrontés à des enjeux sans précédent dans notre histoire somme toute tranquille dans un pays très privilégié. Des enjeux environnementaux terrifiants mais aussi des enjeux très concrets d’inclusion et de diversité sur lesquels — au contraire — nous avons le pouvoir d’agir. Les temps ont changé et nous devons repenser nos valeurs et nos manières de faire. Je ne suis pas du genre à faire des discours et à déchirer ma chemise en public. J’aime apprendre, j’aime écouter et prendre acte. Et j’aime faire quelque chose de concret.

Avec le Festival Phénomena, et bien avant avec le Festival Voix d’Amériques, j’ai toujours cherché à faire entendre des voix différentes et j’ai toujours invité des artistes autochtones, racisés ou queer. Mais j’avais envie d’aller encore plus loin et de questionner nos manières de faire, sans pour autant perdre de vue notre mission. Et j’ai choisi deux axes d’intervention.

Tout d’abord j’ai recruté Claudia Chan Tak comme Commissaire à la diversité, avec le mandat de nous proposer des artistes émergents tous issus de la diversité et de réfléchir sur nos manières de faire. Claudia est une formidable artiste pluridisciplinaire, mais aussi une bombe d’énergie qui a à cœur de faire connaître les nouveaux visages de la diversité. Non seulement elle a réalisé de magnifiques tableaux vivants et une présentation de chaque artiste invité, mais inspirée par ce nouveau mandat, elle a aussi constitué sur sa page Facebook un véritable Bottin asiatique et artistique du Québec. Ça c’est du concret. Et ne manquez pas de lire son texte de présentation très inspirant.

L’autre projet inclusif sur lequel je travaille depuis plusieurs mois c’est le spectacle L’Oeil éveillé réalisé avec un collectif d’artistes sourds. Je m’intéresse à la culture sourde depuis la création de Phénomena en 2012 et j’ai présenté des artistes sourds à quelques reprises. Mais cette année, j’ai décidé de m’impliquer plus concrètement en créant un collectif réunissant 6 artistes et en commençant à étudier moi-même la LSQ (Langue des signes québécoise).

Le collectif fonctionne en collégialité et toutes les décisions sont prises ensemble. L’objectif à plus long terme est de soutenir les artistes dans leur développement artistique et professionnel et de les faire connaître à la communauté entendante. Les artistes du collectif ont déjà plusieurs réalisations à leur actif et sont reconnus dans leur communauté. Ils ont du talent, ils sont dynamiques et ambitieux, imaginatifs et courageux, et ils méritent de rayonner davantage.

Ce spectacle, présenté pour quatre représentations, sera une belle occasion pour la communauté sourde de se réunir et de célébrer le talent des artistes et leur détermination. Mais je m’adresse ici à vous public entendant, ne manquez pas cette rare occasion de découvrir toute une autre façon de s’exprimer et de communiquer et de mieux connaître cette communauté très vivante. La Langue des signes québécoise est riche et complexe, c’est une véritable langue qui a ses lois et ses codes. Mais ce qui est fascinant c’est que c’est une langue incroyablement expressive… et très difficile à maîtriser, je peux en témoigner.

Et je termine en disant tout simplement MERCI. Merci à toutes ces personnes qui m’ont permis de créer, de réaliser et de faire évoluer ce merveilleux petit festival extravagant, inclassable et fantasque qu’est Phénomena. Merci aux artistes, aux collaborateurs, aux créateurs, aux collègues, à mon conseil d’administration bien sûr, et aux différents subventionnaires. Merci à tous ceux et celles qui ont travaillé et collaboré avec moi et qui m’ont donné au cours des années des petits, moyens, et parfois très grands coups de main. Phénomena n’aurait jamais pu se déployer sans vous, et moi non plus d’ailleurs.